Le Don selon Gibran

Aquarelle Khalil Gibran - Le Don - 1920-1923

Aquarelle Khalil Gibran - Le Don - 1920-1923

Le Don

Un homme riche dit alors : Parle-nous du Don.

Il répondit :
Vous donnez peu lorsque vous ne donnez que de vos biens.
C'est en donnant de vous-mêmes que vous donnez véritablement.
En effet, que sont vos biens sinon des choses que vous gardez et défendez par crainte d'en avoir besoin demain ?
Et demain, qu'apportera demain au chien trop prudent qui enterre ses os dans le sable vierge, lorsqu'il accompagne les pèlerins en marche vers la ville sainte ?
Et qu'est la peur du besoin, sinon le besoin lui-même ?
La peur de la soif, alors que vos puits sont remplis, n'est-elle pas la soif inextinguible ?
Certains donnent peu de l'abondance qu'ils possèdent. Ils le donnent pour faire parler d'eux, et ce souhait inavoué rend leurs dons impurs.
D'autres possèdent peu mais le donnent totalement.
Ce sont eux qui croient en la vie et en sa munificence, et leurs coffres ne sont jamais vides.
D'autres encore donnent avec joie, et cette joie est leur récompense.
Et il y a ceux qui donnent avec peine, et cette peine est leur baptême.
Enfin, il en est qui donnent et n'éprouvent nulle peine à donner, pas plus qu'ils ne recherchent la joie ou qu'ils ne donnent avec le souci d'être vertueux.
Ils donnent comme le myrte, là-bas dans la vallée, exhale son parfum à travers l'espace.
C'est par les mains de gens comme eux que Dieu s'exprime, et c'est par leurs yeux qu'Il sourit à la terre.

Il est bien de donner lorsqu'on vous en fait la demande, mais il est préférable de donner sans qu'on vous ait sollicité et parce que vous en avez compris l'urgence.
Pour celui qui est généreux, rechercher l'être qui acceptera de recevoir est une joie plus grande que celle de donner.
Voudriez-vous garder quoi que ce soit ?
Tous vos biens seront un jour distribués.
Donnez donc dès maintenant : que la saison du don soit vôtre et non celle de vos héritiers.

Vous dites souvent : "Je donnerais volontiers, mais seulement aux méritants."
Les arbres de vos vergers ne tiennent pas tel discours, ni les troupeaux de vos pâturages.
Ils donnent afin de vivre, car receler, c'est périr.
Celui qui est digne de recevoir ses jours et ses nuits est certainement digne de recevoir tout ce que vous pourriez lui donner.
Celui qui a mérité de boire à l'océan de la vie mérite de remplir sa coupe à votre filet d'eau.
Et quel plus grand mérite existe-r-il que celui qui se trouve dans le courage et la confiance, dans la charité même, de recevoir ?
Vous, qui êtes-vous pour que des êtres humains se lacèrent la poirtrine et dévoilent leur fierté, vous permettant ainsi de voir leur dignité mise à nu et leur fierté sans pudeur ?
Veillez d'abord à être vous-mêmes dignes de donner et d'être les instruments par lesquels passent le don.
En vérité, c'est la vie qui donne à la vie, tandis que vous, qui vous estimez donateurs, n'êtes que témoins.

Vous qui recevez - et tous vous recevez - n'assumez pas le poids de la gratitude, afin de ne pas ployer et de ne pas faire ployer le donateur sous un joug.
Dressez-vous plutôt à l'unisson avec lui et prenez appui sur ses dons comme sur des ailes.
Car être trop soucieux de votre dette serait douter de sa générosité, qui a pour mère la terre au coeur prodigue et pour père, Dieu.

Le prophète, Khalil Gibran

Relayé par danisis.com

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