L'insoumission de la solitude

Jacqueline Kelen est un auteur que j'aime beaucoup. De ses textes émanent une chaleureuse douceur, de celles qui te prennent par la main pour t'emmener délicatement sur le chemin de ton intériorité. Des mots issus d'un coeur en profonde connexion avec l'humanité, sans nul doute.
En partage aujourd'hui, un extrait de son ouvrage "L'esprit de solitude", un bel ouvrage dont je te conseille la lecture, que tu sois féru de solitude, ou non... 

Avec Coeur.
Danièle-DanIsis

L'insoumission de la solitude

 

La solitude est l'état qui convient le mieux aux questions qu'on se pose, donc à la quête, à la mobilité d'esprit. Rappelons ici que "quête" et "question" sont de même origine et cette étroite proximité révélera tout son sens dans l'aventure chevaleresque de Perceval.
Si au quotidien je vis par exemple en couple ou en famille, dans une communauté politique ou religieuse, cela signifie que j'ai la réponse, que j'ai trouvé. Avec le danger de m'enliser, de croire que je possède le bonheur, la vérité ou l'être aimé. Le véritable solitaire ne ressent pas le besoin d'une stabilité que fournirait un travail régulier ou une vie conjugale établie parce qu'en lui il se sent structuré et parce qu'il sait que ce qui sécurise devient tôt ou tard ce qui emprisonne.

Dans la solitude, je suis à la fois à l'écart et disponible. Je peux me livrer à l'étude ou à la prière, je peux marcher ou rester tranquille. Je peux écouter, rêver, ouvrir à deux battants les portes de l'imagination. Vivre solitaire est une façon de lutter contre l'inertie sous toutes ses formes. On conçoit que cela puisse inquiéter les gens férus d'ordre et de réglementation et faire trembler l'édifice institutionnel.
Toute solitude a à voir avec l'insoumission : défi à l'esprit de système, à l'ordinaire des jours. Elle n'est pourtant pas une offense à la cité ni une violence proférée à la face des hommes. Mais, telle une lionne qu'on juge dangereuse et qu'on cherche à abattre, la solitude se défend parfois avec l'énergie du désespoir parce qu'elle a bien conscience que la vie civilisée, avec ses villes, ses autoroutes, ses machines volantes, roulantes et bruyantes, finit par dévorer toute sauvagerie. Et non l'inverse.
[...]
La solitude n'est pas l'équivalent de la liberté, mais elle en fonde la possibilité. C'est à partir d'une solitude reconnue, bientôt aimée, que la liberté prend son envol et chante. L'individu est maître à bord et cela est à la fois exaltant et angoissant. Beaucoup préféreront répondre à des sollicitations extérieures et à des obligations plutôt que d'exercer leur bon plaisir et leur libre choix. Certes, l'état solitaire peut engendrer l'orgueil et faire croire à l'individu que, maître de lui et de sa vie, il peut s'instaurer maître des autres, maître du monde. Le goût invétéré du pouvoir - temporel, intellectuel, spirituel - devient possible quand on sort de sa retraite pour aller enseigner les autres, pour leur apporter des réponses, des solutions; quand on va vers les villes pour lever des troupes de disciples et de partisans.
Mais ce pouvoir ne tient pas longtemps dans la solitude, il devient vite grotesque. Ainsi, certaines tribus d'Indiens d'Amérique avaient une méthode imparable pour empêcher le pouvoir personnel de leur chef : si cet homme devenait trop autoritaire, la tribu levait le camp dans la nuit, pendant son sommeil, et le lendemain matin l'homme à son réveil se découvrait "chef tout seul".

L'esprit de solitude, Jacqueline Kelen

Relayé avec Gratitude par
danisis.com

DanIsis

 

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Angelilie 19/09/2017 18:46

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement. un blog très intéressant et enrichissant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog. au plaisir

Danièle-DanIsis 19/09/2017 21:29

Bonjour Angelilie, bienvenue et merci pour ton gentil commentaire. Une visite que je te rendrai aussi avec joie. Douce soirée.